26 septembre 2000

Edito: pour un pétrole plus cher

L'industrie du pétrole connaît actuellement une crise de croissance, prévue de longue date (voir l'article du Monde Diplomatique de mars 2000), dont la manifestation la plus visible est la hausse du prix de l'essence à la pompe. Poussés par les opinions publiques nationales, de nombreux gouvernants européens ont décidé une réduction des taxes sur l'essence. Cette mesure n'est ni satisfaisante socialement, ni pérenne économiquement.

En effet, l'adéquation entre réserves mondiales, capacité de production et demande n'est pas possible en l'état de nos connaissances dès 2005, et la crise actuelle n'est qu'un avant-goût d'une instabilité sur cette matière première dont la pénurie rapide pourrait générer un séisme économique sans précédent, comme le souligne Nicolas Sarkis dans l'article du Monde Diplomatique précité.

Par ailleurs, les prélèvements obligatoires sur les carburants (TVA et TIPP) ne sont pas une taxe sans fondement, mais une contribution aux coûts collectifs générés par l'utilisation de la route: constitution d'un réseau routier, d'infrastructures publiques d'accueil des routiers et de gestion du trafic, gestion des nuisances et de la pollution routière. Le transport routier entretient une concurrence déloyale vis-à-vis des autres types de transport puisqu'il ne paie pas ce coût d'utilisation de la route à la hauteur de son utilisation réelle, ce qui le rend artificiellement concurrentiel: la route est subventionnée par les citoyens, les nuisances sanitaires et accidents de la route pris en charge par eux via la Sécurité Sociale.

Les marins, qui n'utilisent que peu l'infrastructure routière et financent par ailleurs leurs structures de production (ports, criées), sont traditionnellement dispensés de la TIPP. Les agriculteurs, autorisés à utiliser le fuel domestique, le sont également partiellement, ce qui est plus discutable. Par contre, les transporteurs routiers, lorsqu'ils se dispensent de payer la TIPP, utilisent gratuitement l'infrastructure routière et font supporter par la société française leurs déchets (pollution, entretien des routes), ce qui est d'autant plus inadmissible que cette profession possède actuellement des conditions de travail parmis les plus rétrogrades en Europe. Cette réduction artificielle des coûts de production pénalise les autres moyens de transport, qui eux financent en interne leur développement (train, fluvial, aérien).

Néanmoins, la part du coût du carburant qui peut être réduite est bien celle des pétroliers, dont le bénéfice atteint des sommets historiques totalement incompatibles avec les standards de la production manufacturière. Les marges générées pourraient avantageusement être affectées à la recherche sur les énergies alternatives ou partiellement collectées sous forme de taxes pour financer la recherche publique dans ce secteur.

En résumé, demander une réduction des taxes signifie que:

Qui est prêt à accepter cela ?

La pollution atmosphérique tue la ville

Selon The Lancet, 6 % des décès annuels enregistrés en France, Suisse et Autriche (40 000 morts) ont pour cause directe la pollution atmosphérique. 50 % de ces décès sont directement imputables à la pollution automobile, qui génère sur ce périmètre 16 millions de jours d'incapacité, générant un coût économique de 1,7 % du PIB.

A lire sur le site de l'AFP, et à suivre jusqu'au sommet interministériel sur le changement climatique. Plus d'infos sur les sites de la Mission Interministérielle à l'Effet de Serre et Climatvoice.org.

En l'attente, on peut toujours choisir de déménager vers l'une des villes où le vélo est roi. Palmarès dans Libération.

Colombie: le danger de la guerre biologique

La Colombie, sur demande du Congrès américain, a adopté un plan visant à éliminer l'ensemble des cultures de coca par pulvérisation d'herbicides fongiques (à l'aide du Fusarium Oxysporum). Cette méthode, qui ne présente aucune garantie de sélectivité, menace de famine la population, la faune et la flore d'Amérique du Sud, et risque par là même de déstabiliser le poumon amazonien. C'est pourquoi Attac et Ceudes (en espagnol) préconisent l'envoi d'une pétition au gouvernement colombien demandant l'application du principe de précaution et l'arrêt du programme de guerre biologique.

Butinages

Dans un article publié par les Proceedings of the National Academy of Sciences, le Kennedy Institute of Rheumatology vient de démontrer que le cannabidiol soulage la rigidité des articulations provoquée par l'arthrite rhumatoïde. A lire dans le Financial Times.

Depuis 1995, un bricoleur anglais, James Stevens, partage à l'aide d'un réseau sans fil sa connexion large-bande à internet avec ses voisins londoniens. A lire dans Wired.


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Nicolas IMBERT