23 avril 2002

Lendemain des élections présidentielles en France. Chirac et Le Pen au second tour.

L'apoplexie des monstres

Lundi, 8h00. Comme beaucoup de Français, je me suis levé, abasourdi, choqué, honteux. Que s’est-il donc passé ce dimanche ? Pourquoi une telle humiliation ?

Une vague de fond nous ébranle : Françaises, Français, que vous ayez voté ou non, vous avez choisi de tourner le dos à l’Europe, de cracher à la face des différences de vos compatriotes, de gifler votre avenir sur l’autel du conservatisme. Mais est-ce bien le message que vous  désiriez faire passer ?

Vous avez voté contre l’insécurité, thème fédérateur de la campagne, alors que des apprentis sorciers ont instrumentalisé ce sentiment et ont désigné les coupables. Vous avez désiré sortir les sortants, refuser le système, vous nous proposez deux candidats qui le sont depuis plus de 30 ans. Quelle révolution ! Quels changements ?

La gauche paie très cher ses errements, ses trajectoires erratiques et caps approximatifs ménageant les positions établies. Pour avoir pensé que la richesse des idées s’exprimait par la diversité des candidats, pour avoir sous-estimé le courant légitimiste et républicain laissé à Jean-Pierre Chevènement, pour n’avoir su intégrer ni ses libéraux, si ses écologistes, ni ses rénovateurs ou radicaux, elle se trouve désormais orpheline et sans dynamique. Pourtant, Lionel, nous te regretterons : tu resteras pour tous l’homme de l’euro, des 35 heures, du recul du chômage et de l’avancée des droits sociaux. Entre austérité et probité, pour la grandeur de la France et de l’Europe, tu vas nous manquer.

Démocrates, que vous reste t’il ? Un candidat dont les idées sont puisées au croisement des lieux communs et des promesses sans lendemain, un Président qui va obtenir au second tour le meilleur score de notre histoire politique après avoir contribué comme jamais auparavant à l’affaiblissement de la fonction présidentielle par des actions que la probité ne saurait cautionner. C’est pourtant à lui que revient cette délicate fonction de restaurer l’honneur de la France, d’apporter un nouvel élan à la République lui permettant de résorber par une réforme de l’Etat et des institutions le schisme entre les français et leurs représentants.

Nous aurions pu une fois encore voire apparaître les scores des chemises brunes près des honorables candidats sans y prêter trop d’attention, ce scrutin nous a fait vivre un tremblement de terre, un cauchemar aseptisé qui nous pousse au ban des nations. Assumons-le. Résolvons les problèmes qui nous sont posés. Rétablissons la relation de proximité, attaquons-nous à l’insécurité, condamnons les incivilités. Mais gérons le dans l’intégrité, le respect de l’autre et la lutte contre les inégalités.

La République doit désormais faire sa mutation sentimentale : regagner le cœur des citoyens, fédérer les initiatives de progrès, assimiler nos richesses culturelles. Les craintes xénophobes, les conservatismes et corporatismes et la démagogie sécuritaire ne pourront survivre à cette réaction. C’est à la force de notre engagement que chacun pourra mesurer que les bruits de bottes du rhinocéros ne sont là que pour révéler la dernière apoplexie des monstres.

No pasaran

Sur ce, nous vous souhaitons une excellente semaine.

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Nicolas IMBERT