11 juin 2002

Il ne vous aura pas échappé que le ton et la fréquence des brèves a changé. Si nous avions depuis le lancement du site choisi une neutralité politique affichée, nous pensons à la lueur des événements récents qu’il est important que les brèves descendent dans l’arène et ne se réfugient ni dans la neutralité bienveillante, ni dans le militantisme effrénée, mais prennent parti pour ce qui nous semble légitime. Alors que les cieux s’assombrissent, nous préférons chevaucher notre cheval blanc affrontant le mauvais temps qu’hurler avec les loups.

Edito: 5 ans pour retrouver le peuple

Surlendemain des législatives, et voilà un nouveau chantier qui s’annonce : retrouver le peuple. L’Assemblée qui devrait s’installer à l’issue du second tour se voit élue, non sur un programme, mais d’une part par l’action combinée d’un repoussoir de la menace brune, de lassitude des français et du « peuple de gauche », et par le rejet de la personnalité de ce premier ministre dont le bilan pourra paradoxalement rester comme l’un des plus brillants de la Vème République.

Comme l’écrivait Eric Conan dans l’Express, « La Gauche a perdu le peuple ». Pour n’avoir pas écouté ou voulu entendre l’émergence d’inquiétudes nouvelles, pour n’avoir su fédérer ses courants autour d’un idéal commun,  la gauche sort du scrutin exsangue et laminée à chacune de ses extrémités. Il nous reste alors à réinventer la politique autour de nouvelles valeurs : la proximité, la fraternité, le service social. Jacques Attali nous le propose dans sa chronique du 13 juin, c’est bien une reconstruction de la gauche que nous allons effectuer.

Ne sacrifions cependant pas le deuxième tour sur l’autel d’une politique à reconstituer. Elu par effet repoussoir et sans réelle adhésion à son programme, la droite choisit de conformer une ligne résolument très à droite. Qu’une majorité très forte se dégage et cela en sera finit des acquis sociaux : remise en cause des 35 heures, privatisation de la sécurité sociale et des retraites, privatisation des richesses et socialisation des pertes… Nous ne gagnerons pas ni dans la rue ni par les medias ces voix non exprimées au second tour. Votons et faisons voter pour limiter autant que possible le raz-de-marée bleue.

Jénine, enquête interdite sur un crime de guerre

1982, Sabra et Chatila, Sharon général est clairement identifié comme responsable d’un crime de guerre barbare et publiquement conspué et désavoué par son propre peuple.

2002, Jénine, Sharon premier ministre provoque à Jénine un crime de guerre impuni à ce jour et sur lequel l’ONU est interdit d’enquête, avec le consentement des Etats-Unis.

Dans le Monde Diplomatique, Amnon Kapeliouk, journaliste israélien connu en France pour son ouvrage "Sabra et Chatila, enquête sur un massacre" aux éditions du Seuil, cherche à reconstituer les faits.

« Le paysage défie toute description. Une incarnation de l'horreur, une vision d'après ouragan. Des maisons détruites, totalement ou partiellement, des débris de béton et de fer, des fils électriques entremêlés. Des voitures pulvérisées par les chars ou les missiles ajoutent une dimension barbare à cet effrayant spectacle. Une odeur âpre de cadavres flotte sur les décombres. […] Au milieu du camp, un terrain vague rectangulaire. C'était le quartier Haouachine, qui comptait quelque 150 maisons (sur un total de 1 100). Des bulldozers géants ont complètement démoli ce quartier, avant d'en aplanir la surface. Des femmes, des vieux, des enfants, des hommes errent dans les décombres, à la recherche de leurs proches ensevelis. »

Des centaines de mort sont à déplorer, soit tombés sous les balles des hélicoptères Cobra, soit ensevelis vivants dans leurs habitations ou tués alors dans les ambulances évacuant les camps. Cependant, l’intense propagande israélienne soutenue par les moyens militaires, médiatiques et stratégiques américaine, lutte contre l’insécurité et le terrorisme. Tanya, Reinhart, enseignante israélienne, revient pour Terre d’Escale sur cette campagne de relation publique israélienne qui camoufle l’inique au nom de la sécurité intérieure.

11 Septembre, version officielle : non merci

Entre retransmettre un événement et relater un fait, une seule différence, ténue : l’analyse. Sous cet angle, le 11 septembre s’apparente beaucoup plus à un show dramatique qu’à un événement international majeur.

Comme le souligne Libération, des faits ont été sciemment ignoré par le FBI avant les attentats, Sitôt ce débat engagé, voilà que Bush agite la menace d’attentats terroristes pour galvaniser l’opinion et interdit expressément au Congrès d’organiser une commission d’enquête indépendante. Parade si grossière que même le très sérieux New York Times incite le président des Etats-Unis à la modération.

Le 11 septembre serait-il une action encouragée par les services d’espionnage pakistanais, voire par des milieux liés à la CIA. Michel Chossudovsky, professeur d’université canadien et collaborateur au Monde Diplomatique, pose la question et y apporte des éléments de réponse. A lire sur Terre d’Escale.

Voilà quelques éléments de nature à lever le voile de certitudes martelées et de boucs émissaires préfabriqués, dans la démarche initiée, maladroitement et imparfaitement certes, par Thierry Meyssan et son livre, l’Effroyable Imposture. Certains, tels Daniel Schneidermann ne voyant dans le Monde que le bout de leurs doigts, préfèrent crier au loup. D’autres se structurent, par exemple au sein du Global Search, pour s’interroger sans partie pris sur les réels leviers du 11 septembre. Et si toutes les pistes n’avaient pas été suffisamment exploitées ?

Pétrole, droits de l’homme et respect de la planète

Dans un article brillamment illustré et appuyé par des références solides, Micheline Ladouceur revient sur la contribution active des sociétés pétrolières au pillage des terres autochtones. Ce rapport note en particulier l’appui apportés par le FMI et la Banque Mondiale à des opérations de prospection et d’exploitation pétrolières délibérément et ouvertement hostiles à l’environnement et au respect des droits de l’homme.

Longtemps cantonnée aux pays en voie de développement, ce mépris industriel de la condition humaine s’est dramatiquement illustré au sein de la société Total par les récentes catastrophes de l’Erika et de Toulouse, sans avoir visiblement eu le moindre impact sur la sécurité des équipements restants. Ainsi, la répétition d'incidents industriels à la raffinerie Total de Mardyck, près de Dunkerque, fait craindre aux habitants un scénario proche de celui de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse. Des émissions accidentelles de dioxyde de soufre ont été relevées à de nombreuses reprises (dernière en date le 2 avril), et jamais signalées à la DRIRE contrairement à la réglementation en vigueur. Le 31 mai dernier, une émission accidentelle d'hydrocarbures brûlés a noirci le ciel de la côte d'Opale. La Voix du Nord observait avec inquiétude le 1er juin ces manquements graves et répétés à la sécurité  des installations.

La Sécu bradée au privé pour 20 Euros

Sous l’impulsion gouvernementale, l’Assurance Maladie a décidé de porter à 20 € la consultation et ainsi, compte tenu de l’augmentation précédente à 18,5 €, d’augmenter en moyenne d’un SMIC le revenu mensuel de chaque médecin. Cette mesure est assortie d’engagement de forme visant à encourager les prescriptions de médicaments génériques, mais de l’aveu commun n’est pas financée. Son coût devrait rendre la Sécurité Sociale fortement déficitaire alors que le précédent gouvernement était parvenu à assurer un retour durable vers l’équilibre. Il sera donc nécessaire en fin d’année de compenser ce déficit. Probablement soutenu par un lobbying concertée de la droite et des assureurs privés attirés par le pactole, il est donc probable que nous assistions en fin d’année à une privatisation au moins partielle de la Sécurité Sociale, qui sera alors probablement justifiée par une prétendue mauvaise gestion socialiste.

Cette privatisation effectuée, il sera alors impossible de compenser mutuellement les branches Vieillesse et Santé de l’Assurance Maladie, et c’est donc le financement des retraites qui va se trouver mis à mal. La seule alternative envisagée par la droite sera alors la privatisation et le retour aux fonds, de pension. Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà préparé le terrain en demandant par un article dans Le Parisien à assouplir le système des retraites, à réclamer l’allongement des durées de cotisation et l’individualisation des mécanismes de cotisation et de reversement. Voilà qui annonce avec célérité et brio le début d’une dilapidation thatchérienne des richesses de la nation, loin des préoccupations du « peuple d’en bas » qui risque de ne pas voir d’augmentation significative du SMIC mais plutôt une dégradation de ses conditions de travail camouflée sous le doux nom d’adaptation des 35 heures.

Butinages

Le collectif britannique de l’ONG Friends of the Earth vient de dénoncer les Ten Planet Trashers. Les nominés sont, dans l'ordre, Exxon Mobil, Amec, Premier Oil, ICI, Scotts, Barclays, Associated Octel, Aventis - Bayer, BNFL (British Nuclear Fuels) et Associated British Ports. Les britanniques sont surreprésentés, mais gageons que d’autres compagnies européennes pourraient également y figurer.

Terminons sur une note positive avec « Ma ville ça me regarde », une initiative pédagogique et éco-citoyenne de la Fondation Nicolas Hulot.

Sur ce, nous vous souhaitons une excellente semaine.

Le Portail de Nicolas - http://www.zecite.org


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Nicolas IMBERT